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C’était il y a presque vingt-cinq ans. Le 8 mai 1996, le Paris Saint-Germain battait le Rapid Vienne, 1 à 0, en finale de la Coupe des coupes. Un parcours homérique, des buts d’anthologie, un entraîneur charismatique, des joueurs mythiques et quelques surprises dignes d’un blockbuster américain.

Welcome Fans vous raconte cette aventure hors norme, la dernière victoire d’un club français en Coupe d’Europe à ce jour. En attendant la prochaine !

Vaincre la malédiction

Lors de la saison 1995-1996, le contexte est épineux pour le Paris Saint-Germain. Les joueurs, l’entraîneur Luis Fernandez et le président Michel Denisot sont tous marqués par les déconvenues européennes, amères et parfois injustes, des années précédentes. À chaque fois, en demi-finales : contre la Juventus en 1993, face à Arsenal en 1994, puis devant le grand AC Milan en 1995. Cette lugubre série commence à ressembler à un signe indien qu’il s’agit de briser, au plus vite.


Pour que la malédiction ne dure pas une année supplémentaire, le Paris Saint-Germain met toutes les chances de son côté en tentant de se renforcer durant l’intersaison : le futur champion du monde Youri Djorkaeff, le buteur nantais Patrice Loko ou encore un certain Bruno Ngotty, défenseur à la frappe surpuissante, signent au club. Aux cages, Bernard Lama, dit « Le Chat », fait des miracles ; la défense Colleter – Le Guen – Ngotty – Roche est intraitable ; Raí, Vincent Guérin et Youri Djorkaeff animent l’entrejeu, tandis que Loko, Pascal Nouma et le Panaméen Julio Dely Valdés empilent les buts. Très vite, le club de la capitale enchaîne les victoires en championnat. Vainqueur de Nantes, Saint-Étienne et Monaco, le Paris Saint-Germain se hisse à la première place de ce que l’on nomme alors la Division 1, et y reste de la 16e à la 33e journée. En parallèle, cette équipe de choc commence son périple européen, menée par des leaders comme le Brésilien Raí ou encore Bernard Lama, gardien de but mythique et emblème du club. L’objectif ? Dépasser les demi-finales, et soulever la Coupe des coupes, cette compétition aujourd’hui disparue qui opposait les vainqueurs de chaque coupe nationale.

« Beaucoup de choses se sont jouées grâce à lui [Yannick Noah, N.D.L.R.], lors de notre stage à Hendaye, parce que si on n’avait pas eu une bonne préparation mentale, on aurait été en difficulté. On n’était pas bien, il y avait une grosse pression, des désaccords avec nos dirigeants, des tensions avec l’entraîneur... Ce n’était pas la grande sérénité ! »

Bernard Lama (ancien Gardien de but du PSG) à France Football

Michel Denisot, Président du club du Paris Saint-Germain de 1991 à 1998

Le parcours

Le format de la Coupe des coupes est classique : trente-deux équipes s’affrontent lors de matchs aller-retour, et le perdant est définitivement éliminé. En seizièmes de finale, le 14 septembre 1995, le Paris Saint-Germain est opposé à Molde, le vice-champion de Norvège. Emmenée par Ole Gunnar Solskjær, qui rejoindra Manchester United quelques semaines plus tard, l’équipe est rugueuse, patiente, efficace. En terres scandinaves, le club de la capitale est bousculé et même mené au score, après un but de l’inévitable Solskjær. Des réalisations tardives de Paul Le Guen, Youri Djorkaeff et Julio Dely Valdés permettent néanmoins au Paris Saint-Germain de l’emporter 2-3. Au retour, c’est net et sans bavure : 3-0 pour Paris.


En huitièmes de finale, place au Celtic, l’un des deux plus gros clubs écossais, porté par le buteur Pierre van Hooijdonk, qui remportera notamment la Coupe UEFA avec le Feyenoord Rotterdam et deux titres de champion de Turquie avec Fenerbahçe. À l’aller, le « Snake » Youri Djorkaeff offre la victoire au Paris Saint-Germain de justesse (1-0) ; au retour, dans l’antre pourtant bouillant du Celtic Park, réputé pour ses supporters survoltés, le club parisien offre une partition collective de haute volée et écrase son adversaire : un doublé de Patrice Loko et un but de Pascal Nouma ne laissent aucune chance aux Écossais.


L’histoire se corse dès les quarts de finale. Il n’y a plus que huit équipes en lice, et le Paris Saint-Germain hérite peut-être de la plus redoutable : Parme. Le club italien vient de remporter la Coupe d’Italie en 1992, la Coupe des coupes en 1993, la Supercoupe d’Europe en 1994, puis la Coupe UEFA en 1995, atteignant par ailleurs la finale de la Coupe des coupes en 1994. Autrement dit, entre 1993 et 1995, Parme a disputé trois finales européennes consécutives et en a gagné deux. Une machine de guerre, qui compte dans ses rangs les légendes Dino Baggio, Fernando Couto, Gianfranco Zola, Fabio Cannavaro ou Filippo Inzaghi. La finale de la compétition avant l’heure. À l’aller, le mythe bulgare Hristo Stoïchkov, Ballon d’or 1994, permet aux Italiens de l’emporter sur la plus courte des marges. Au retour, au Parc des Princes, deux penaltys de Raí et un énième but de Patrice Loko propulsent le Paris Saint-Germain au septième ciel : en éliminant l’un des meilleurs clubs italiens de ces dernières années, et donc l’un des meilleurs clubs du monde, le Paris Saint-Germain devient immédiatement favori de la compétition.

En avril 1996, c’est un nouveau grand club qui se dresse sur la route du Paris Saint-Germain : le Deportivo La Corogne. Les Espagnols sont vice-champions d’Espagne pour la deuxième année consécutive et viennent d’éliminer le Real Saragosse, tenant du trophée. De sérieux clients, qui comptent en plus dans leurs rangs le grand attaquant brésilien Bebeto, champion du monde en titre. L’inquiétude est renforcée par la blessure de Djorkaeff, arme fatale du club parisien qui doit commencer le match aller sur le banc. À quelques minutes du coup de sifflet final, l’entraîneur Luis Fernandez glisse à l’oreille de son milieu offensif : « Tu entres et tu marques. » Quelques minutes plus tard, Djorkaeff ouvre la marque d’une frappe limpide. Même score au retour, au Parc, avec un but de l’inévitable Patrice Loko. Au terme d’un parcours sans faute, qui s’est étendu de septembre 1995 à avril 1996, le Paris Saint-Germain rompt la malédiction et se hisse, enfin, en finale d’une Coupe d’Europe.

Luis Fernandez, ancien coach du PSG de 1994 à 1996 puis de 2000 à 2003
La surprise

En parallèle de ce parcours européen hors du commun, le Paris Saint-Germain rencontre déconvenue sur déconvenue en championnat. Premier au classement durant l’essentiel de l’exercice, le club francilien finit par se faire rejoindre juste après le retour face à Parme : l’AJ Auxerre, son poursuivant, lui inflige tout d’abord une cinglante défaite 3 à 0, avec des buts de Bernard Diomède, Corentin Martins et Patrick Colleter, contre son camp ; désormais deuxième, le Paris Saint-Germain s’incline ensuite face au FC Metz, 3 à 2, avec un doublé de Robert Pirès. S’ensuivent un match nul face à Martigues et une nouvelle défaite, contre Lille cette fois. Six victoires en dix-sept matchs. L’AJ Auxerre s’envole au classement, et le Paris Saint-Germain ne recollera jamais, après avoir passé la majorité du championnat dans la confortable position du leader. Michel Denisot sent donc poindre un début de crise et décide, une semaine avant la finale, au début du mois de mai 1996, de délocaliser son équipe à Hendaye, sur la côte basque. Au programme : remobilisation des troupes, team building et isolement complet, avec interdiction de s’adresser aux médias.

« Yannick a permis de décontracter le truc, de relativiser et de se concentrer sur l’objectif. Il n’a pas fait grand-chose d’extraordinaire, mais il a parlé individuellement avec chaque joueur, il a fait le point, pris le pouls. Le samedi soir, il a insisté pour qu’on sorte tous ensemble pour dîner. On ne s’est pas amusés, parce qu’on n’était pas là pour ça, mais bon, juste boire un verre, déconner, manger des tapas... »

Bernard Lama (ancien Gardien de but du PSG) à France Football

Un stage commando, avec une cerise sur le gâteau : le président fait appel à un « préparateur mental » pour compléter le travail technico-tactique de Luis Fernandez. Son nom ? Yannick Noah. Celui qui est entré dans la légende du sport français en gagnant Roland-Garros treize ans plus tôt garde une cote de popularité intacte, et une bonne humeur proverbiale couplée à une rage de vaincre hors du commun. Luis Fernandez accepte, à condition que le tennisman à la retraite ne se mêle pas du jeu, mais uniquement de l’état d’esprit. En 2016, pour les vingt ans du sacre, Bernard Lama se confiait à France Football : « Beaucoup de choses se sont jouées grâce à lui [Yannick Noah, N.D.L.R.], lors de notre stage à Hendaye, parce que si on n’avait pas eu une bonne préparation mentale, on aurait été en difficulté. On n’était pas bien, il y avait une grosse pression, des désaccords avec nos dirigeants, des tensions avec l’entraîneur... Ce n’était pas la grande sérénité ! » Puis, plus loin : « Yannick a permis de décontracter le truc, de relativiser et de se concentrer sur l’objectif. Il n’a pas fait grand-chose d’extraordinaire, mais il a parlé individuellement avec chaque joueur, il a fait le point, pris le pouls. Le samedi soir, il a insisté pour qu’on sorte tous ensemble pour dîner. On ne s’est pas amusés, parce qu’on n’était pas là pour ça, mais bon, juste boire un verre, déconner, manger des tapas... En rentrant, on est restés au bar, à discuter jusqu’à trois, quatre heures du matin. Ça a permis de sortir de cette pression, et dès le lendemain, on était concentrés, d’autant que l’entraîneur nous attendait ! » Concrètement, Yannick Noah amène au groupe un peu de fraîcheur, un bol d’air qui permet à l’équipe d’aborder la finale dans les meilleures dispositions.

La finale

Mercredi 8 mai 1996, stade Roi-Baudouin, Bruxelles. Le Paris Saint-Germain s’apprête à jouer l’un des matchs les plus importants de son histoire face au Rapid Vienne qui, dans quelques semaines, décrochera son trentième titre de champion d’Autriche. Tombeur du Sporting Portugal et du Feyenoord Rotterdam, entre autres, le Rapid Vienne est porté par l’ineffable Trifon Ivanov et surtout Carsten Jancker, qui signera dans la foulée au Bayern Munich. Aux cages, le solide Michael Konsel fait régulièrement trembler les attaquants adverses. Les joueurs des deux équipes le savent, on ne retient que les noms des gagnants. Les finalistes sont relégués aux oubliettes, et les médailles d’argent ne sont bonnes qu’à finir dans des boîtes à souvenirs.

Et ça commence mal pour le Paris Saint-Germain, avec la blessure dès la onzième minute, après un tacle appuyé, de l’un de ses meilleurs joueurs, capitaine et leader technique : Raí laisse sa place à Julio Dely Valdés, en pleine crise de confiance. À la vingtième minute, c’est pourtant lui qui dévie de la tête pour Djorkaeff, qui enchaîne d’une volée du droit excentrée, détournée de justesse par Konsel en corner. « Il a failli marquer un but à la Van Basten », lâche Jean-Michel Larqué au micro. À la trentième, Djorkaeff, encore lui, est bousculé aux trente mètres. Bruno Ngotty, le défenseur à la frappe surpuissante recruté l’été précédent, s’empare du ballon. Il est loin, très loin des buts. Qu’à cela ne tienne : le Snake décale légèrement le ballon de la semelle, et le missile de l’ancien Lyonnais vient perforer les filets de Konsel après avoir été légèrement dévié. Le stade exulte. Et ce n’est pas fini : juste avant la mi-temps, une passe lumineuse de Djorkaeff dans l’intervalle, pour Loko, permet à l’ancien Nantais de se retrouver seul face à Konsel. Il préfère servir Dely Valdés, rattrapé in extremis par les défenseurs autrichiens. Occasion gâchée. La première d’une longue série qui va mettre les nerfs des supporters parisiens à rude épreuve.


Au retour des vestiaires, rebelote : Dely Valdés tergiverse devant les cages, alors que Konsel est au sol, glisse et manque sa reprise du gauche ; dans la foulée, au terme d’un raid solitaire, Djorkaeff frappe l’extérieur du poteau. Les Autrichiens laissent passer l’orage et relèvent la tête, mais Bernard Lama est impérial. Sauvetage du tibia droit d’abord, sur une tête à bout portant ; puis sortie rapide dans les pieds de Jancker, qui se présentait seul face à lui ; à la 90e, encore une envolée à l’horizontale du Chat, qui dévie une tête en corner, sur sa gauche. Deux minutes plus tard, coup de sifflet final. Le Paris Saint-Germain remporte la Coupe des coupes et devient le deuxième club français, après l’OM, à glaner un titre européen.


Sur la pelouse, Bernard Lama est porté en triomphe, soulevé par ses coéquipiers alors qu’il brandit le trophée au son d’Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss. Historique !

Alain Roche, ancien joueur du club du Paris Saint-Germain

« On voulait changer la donne »

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Alain Roche est un joueur historique du Paris Saint-Germain. Défenseur intraitable, présent au club de 1992 à 1998, il a fait partie de l’équipe victorieuse de la Coupe des coupes en 1996. Il revient sur une épopée qui a marqué sa carrière.



Les années qui précèdent, vous perdez plusieurs fois en demi-finales de Coupe d’Europe. Êtes-vous animé d’un sentiment de revanche ?
Il y avait évidemment une grosse envie, cette année-là. C’est terrible de toucher quasiment la finale et de ne jamais y arriver. On sentait qu’on n’était pas loin, qu’on faisait jeu égal avec de bonnes équipes, qu’on pouvait les malmener ou les battre, mais que la réussite n’était pas là. Il manquait toujours un petit ingrédient : manque de concentration, réalisme… Et on ne se souvient que des vainqueurs. Le palmarès, pour un joueur, c’est la référence. Second, c’est bien, mais ça ne sert à rien. On voulait changer la donne.


L’équipe avait gagné en qualité, durant l’intersaison ? Vous vous sentiez plus forts ?
Plutôt l’inverse. Moi, je me sentais surtout très fort avec David Ginola et George Weah, qui sont partis à l’été 1995. Ils formaient une attaque de feu, qui ne nous avait pas permis de gagner. Mais nos dirigeants étaient extrêmement ambitieux, savaient constituer la meilleure équipe, et ça ne passe pas toujours par d’excellents joueurs de ballon, il faut aussi des bons mecs pour composer un groupe qui sait gagner et sait perdre, encaisser les moments difficiles, se serrer les coudes. 



Votre parcours européen commence avec Molde et le Celtic. Des matchs a priori faciles ? 
Il y a toujours un doute, quand vous rencontrez des soi-disant petites équipes. C’est comme en Coupe de France. Et puis à cette époque, même si ce n’était pas la Ligue des champions, ça restait un gros trophée, c’était beaucoup plus sélectif que ça ne l’est aujourd’hui. Le Celtic par exemple, c’est une équipe qui met énormément d’engagement et qui a l’un des plus beaux publics en Europe. Mais moi, j’étais blessé pour les premiers matchs, je suis revenu pour Parme, en quarts de finale. Une très grosse équipe, leur sponsor, la société Parmalat, avait donné beaucoup d’argent. Des joueurs confirmés, d’autres jeunes talents qui allaient bientôt s’imposer dans de très gros clubs… Parme, ce n’était pas rien. Une des meilleures équipes italiennes, et il faut se rappeler qu’à l’époque, c’était le plus grand championnat, devant l’Espagne ou l’Angleterre. L’Italie dominait l’Europe, c’était la référence, tous les meilleurs joueurs y allaient, c’était un modèle tactique, tout le monde voulait s’en inspirer.


C’est une opposition qui lance la campagne européenne ?
Forcément, quand vous éliminez une équipe comme Parme, avec deux matchs très difficiles et accrochés, un sentiment de confiance vous envahit. Mais après, il faut confirmer, surtout contre La Corogne, qui est aussi, à ce moment-là, un gros club, très difficile à jouer, qui manie bien le ballon. Et forcément, face à un joueur comme Bebeto par exemple, grand international brésilien, vous appréhendez un peu. C’est le test idéal pour tout joueur, vous vous rendez compte de votre niveau et si ça se passe bien, vous gagnez en confiance. Et là, ça s’est bien passé…



En parallèle, en championnat, l’équipe marque un peu le pas…
C’était compliqué. L’année qui précède, en 1994-1995, l’arrivée de Luis Fernandez nous a fait beaucoup de bien. La deuxième année, avec Luis, c’était plus difficile. Les joueurs ont été usés par son mode de management, on était fatigués, il y a eu une cassure entre lui et l’équipe. Donc on commence une année exceptionnelle en championnat, on est premiers à la trêve, puis on s’écroule totalement. On a lâché. Je pense que la Coupe d’Europe nous a pris énormément d’énergie, a focalisé notre attention et ça a été aux dépens du championnat. En plus, on jouait sur tous les tableaux, toutes les coupes nationales ! C’était dur. Michel Denisot a saisi qu’il nous manquait quelque chose et il a donc eu cette idée de recruter Yannick Noah pour nous préparer mentalement.


Tout le groupe passe donc une semaine à Hendaye, avant la finale, avec lui. Vous vous en souvenez ?
C’était compliqué. L’année qui précède, en 1994-1995, l’arrivée de Luis Fernandez nous a fait beaucoup de bien. La deuxième année, avec Luis, c’était plus difficile. Les joueurs ont été usés par son mode de management, on était fatigués, il y a eu une cassure entre lui et l’équipe. Donc on commence une année exceptionnelle en championnat, on est premiers à la trêve, puis on s’écroule totalement. On a lâché. Je pense que la Coupe d’Europe nous a pris énormément d’énergie, a focalisé notre attention et ça a été aux dépens du championnat. En plus, on jouait sur tous les tableaux, toutes les coupes nationales ! C’était dur. Michel Denisot a saisi qu’il nous manquait quelque chose et il a donc eu cette idée de recruter Yannick Noah pour nous préparer mentalement.



Et la finale ? Vous êtes titulaire…
Le Rapid Vienne, il fallait se méfier, ils n’étaient pas arrivés en finale pour rien, ils étaient difficiles à manœuvrer. En plus, tout le monde vous voit gagnant, vous avez battu les plus grosses équipes avant, du coup la pression est importante. Pendant le match, c’est très tendu et indécis, personne ne se lâche. On sait qu’on est supérieurs, ça se voit dans le jeu, on le sent. On a pas mal d’occasions qu’on n’arrive pas à mettre au fond, jusqu’au missile de Ngotty. Ensuite, on n’est jamais à l’abri d’un contre, surtout avec une équipe extrêmement athlétique en face. Je me souviens de leur attaquant de deux mètres, Carsten Jancker, très difficile de défendre face à lui. Il fallait être hyper attentifs sur les coups de pieds arrêtés, et essayer de ne pas trop reculer. Heureusement, Bernard Lama nous fait des arrêts extraordinaires en fin de match. Le meilleur a gagné, et je crois que ce n’est pas si souvent le cas. 


Et comment se passe l’après-match ? Il y a une grosse fête ?
On est rentrés direct à Paris… Et oui, grosse fête ! On a été à Canal, tout était organisé, c’était top. On a terminé chez moi à sept heures du matin, on a emmené les enfants directement à l’école, le lendemain on s’est teint les cheveux pour aller voir le président de la République… C’était magnifique, une année folle et un parcours incroyable, même si on aurait aimé gagner le championnat et les coupes nationales aussi. Mais ça reste historique et exceptionnel dans la carrière d’un joueur.

Alain Roche est un joueur historique du Paris Saint-Germain. Défenseur intraitable, présent au club de 1992 à 1998, il a fait partie de l’équipe victorieuse de la Coupe des coupes en 1996. Il revient sur une épopée qui a marqué sa carrière.



Les années qui précèdent, vous perdez plusieurs fois en demi-finales de Coupe d’Europe. Êtes-vous animé d’un sentiment de revanche ?
Il y avait évidemment une grosse envie, cette année-là. C’est terrible de toucher quasiment la finale et de ne jamais y arriver. On sentait qu’on n’était pas loin, qu’on faisait jeu égal avec de bonnes équipes, qu’on pouvait les malmener ou les battre, mais que la réussite n’était pas là. Il manquait toujours un petit ingrédient : manque de concentration, réalisme… Et on ne se souvient que des vainqueurs. Le palmarès, pour un joueur, c’est la référence. Second, c’est bien, mais ça ne sert à rien. On voulait changer la donne.


L’équipe avait gagné en qualité, durant l’intersaison ? Vous vous sentiez plus forts ?
Plutôt l’inverse. Moi, je me sentais surtout très fort avec David Ginola et George Weah, qui sont partis à l’été 1995. Ils formaient une attaque de feu, qui ne nous avait pas permis de gagner. Mais nos dirigeants étaient extrêmement ambitieux, savaient constituer la meilleure équipe, et ça ne passe pas toujours par d’excellents joueurs de ballon, il faut aussi des bons mecs pour composer un groupe qui sait gagner et sait perdre, encaisser les moments difficiles, se serrer les coudes. 



Votre parcours européen commence avec Molde et le Celtic. Des matchs a priori faciles ? 
Il y a toujours un doute, quand vous rencontrez des soi-disant petites équipes. C’est comme en Coupe de France. Et puis à cette époque, même si ce n’était pas la Ligue des champions, ça restait un gros trophée, c’était beaucoup plus sélectif que ça ne l’est aujourd’hui. Le Celtic par exemple, c’est une équipe qui met énormément d’engagement et qui a l’un des plus beaux publics en Europe. Mais moi, j’étais blessé pour les premiers matchs, je suis revenu pour Parme, en quarts de finale. Une très grosse équipe, leur sponsor, la société Parmalat, avait donné beaucoup d’argent. Des joueurs confirmés, d’autres jeunes talents qui allaient bientôt s’imposer dans de très gros clubs… Parme, ce n’était pas rien. Une des meilleures équipes italiennes, et il faut se rappeler qu’à l’époque, c’était le plus grand championnat, devant l’Espagne ou l’Angleterre. L’Italie dominait l’Europe, c’était la référence, tous les meilleurs joueurs y allaient, c’était un modèle tactique, tout le monde voulait s’en inspirer.


C’est une opposition qui lance la campagne européenne ?
Forcément, quand vous éliminez une équipe comme Parme, avec deux matchs très difficiles et accrochés, un sentiment de confiance vous envahit. Mais après, il faut confirmer, surtout contre La Corogne, qui est aussi, à ce moment-là, un gros club, très difficile à jouer, qui manie bien le ballon. Et forcément, face à un joueur comme Bebeto par exemple, grand international brésilien, vous appréhendez un peu. C’est le test idéal pour tout joueur, vous vous rendez compte de votre niveau et si ça se passe bien, vous gagnez en confiance. Et là, ça s’est bien passé…



En parallèle, en championnat, l’équipe marque un peu le pas…
C’était compliqué. L’année qui précède, en 1994-1995, l’arrivée de Luis Fernandez nous a fait beaucoup de bien. La deuxième année, avec Luis, c’était plus difficile. Les joueurs ont été usés par son mode de management, on était fatigués, il y a eu une cassure entre lui et l’équipe. Donc on commence une année exceptionnelle en championnat, on est premiers à la trêve, puis on s’écroule totalement. On a lâché. Je pense que la Coupe d’Europe nous a pris énormément d’énergie, a focalisé notre attention et ça a été aux dépens du championnat. En plus, on jouait sur tous les tableaux, toutes les coupes nationales ! C’était dur. Michel Denisot a saisi qu’il nous manquait quelque chose et il a donc eu cette idée de recruter Yannick Noah pour nous préparer mentalement.


Tout le groupe passe donc une semaine à Hendaye, avant la finale, avec lui. Vous vous en souvenez ?
C’était compliqué. L’année qui précède, en 1994-1995, l’arrivée de Luis Fernandez nous a fait beaucoup de bien. La deuxième année, avec Luis, c’était plus difficile. Les joueurs ont été usés par son mode de management, on était fatigués, il y a eu une cassure entre lui et l’équipe. Donc on commence une année exceptionnelle en championnat, on est premiers à la trêve, puis on s’écroule totalement. On a lâché. Je pense que la Coupe d’Europe nous a pris énormément d’énergie, a focalisé notre attention et ça a été aux dépens du championnat. En plus, on jouait sur tous les tableaux, toutes les coupes nationales ! C’était dur. Michel Denisot a saisi qu’il nous manquait quelque chose et il a donc eu cette idée de recruter Yannick Noah pour nous préparer mentalement.



Et la finale ? Vous êtes titulaire…
Le Rapid Vienne, il fallait se méfier, ils n’étaient pas arrivés en finale pour rien, ils étaient difficiles à manœuvrer. En plus, tout le monde vous voit gagnant, vous avez battu les plus grosses équipes avant, du coup la pression est importante. Pendant le match, c’est très tendu et indécis, personne ne se lâche. On sait qu’on est supérieurs, ça se voit dans le jeu, on le sent. On a pas mal d’occasions qu’on n’arrive pas à mettre au fond, jusqu’au missile de Ngotty. Ensuite, on n’est jamais à l’abri d’un contre, surtout avec une équipe extrêmement athlétique en face. Je me souviens de leur attaquant de deux mètres, Carsten Jancker, très difficile de défendre face à lui. Il fallait être hyper attentifs sur les coups de pieds arrêtés, et essayer de ne pas trop reculer. Heureusement, Bernard Lama nous fait des arrêts extraordinaires en fin de match. Le meilleur a gagné, et je crois que ce n’est pas si souvent le cas. 


Et comment se passe l’après-match ? Il y a une grosse fête ?
On est rentrés direct à Paris… Et oui, grosse fête ! On a été à Canal, tout était organisé, c’était top. On a terminé chez moi à sept heures du matin, on a emmené les enfants directement à l’école, le lendemain on s’est teint les cheveux pour aller voir le président de la République… C’était magnifique, une année folle et un parcours incroyable, même si on aurait aimé gagner le championnat et les coupes nationales aussi. Mais ça reste historique et exceptionnel dans la carrière d’un joueur.

(1) à (9) : GettyImages
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