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Sport Tennis

L’Open de tennis de Paris en 10 moments de légende

Inauguré en 1986, le tournoi de l’AccorHotels Arena a une histoire pleine de péripéties. Nous avons fouillé dans ses archives pour vous raconter les matchs les plus étonnants qui s’y sont joués.





Midnight Express avec Yannick Noah (1989)


En 1989, le masters de Paris est tout jeune et manque encore d’histoire folle. Mais tout cela, c’est avant la rencontre Yannick Noah-Brad Gilbert. L’américain a un sale caractère et, surtout, fait de sa carrière un laboratoire d’expérimentations en mauvaise foi, coups tordus et autres trucs et astuces ne visant qu’un seul but : faire déjouer l’adversaire. Rien d’autre. Pas de chance : la journée est longue. Programmé en dernier, cet électrique huitième de finale commence aux alentours de minuit. Il ne reste un gros tiers de la salle, soit un peu plus de 5000 personnes, qui va se régaler. Gilbert gagne le premier set au tie-break et le deuxième se décide à nouveau au jeu décisif. Lorsque Noah mène 5 points à 1, à 1h35 du matin, les yeux se ferment, anticipant le troisième set qui n’est pas loin. Sauf que Gilbert va aligner six points de rang pour plier le match … cinq minutes plus tard ! 


Boum-Boum dès la naissance (1986) 


Deux ans après l’inauguration de l’AccorHotels Arena, l’enceinte accueille son premier tournoi de tennis. Et les frappes de Boris Becker résonnent fort dans le douzième arrondissement. A 18 ans, quand d’autres sont encore sur les bancs du lycée, Boum-boum expédie les sacoches en coup droit.  Tête de série numéro 1, l’Allemand n’est embêté ni par son statut de favori, ni par le jet lag. Alors qu’il vient de remporter l’open de Sydney et celui de Tokyo, personne ne parvient à stopper sa marche en avant. Pas même son ami Henri Leconte qu’il bat en 3 sets en demi-finale au cours d’un match superbe. En finale, Becker dispose de la surprise du tournoi, l’espagnol Sergio Casal, issu des qualifications. Troisième victoire en trois semaines et sur 3 continents différents pour le globe-trotter allemand qui juge après match : « C’est exceptionnel pour une première année ». Difficile de lui donner tort.


Leconte n’est pas bon (1988) 


Le public parisien est intransigeant. Il l’a déjà prouvé à maintes reprises. Mais il n’a sans doute jamais été aussi dur que lors de cette édition 88. Et la victime de sa colère est française ! Henri Leconte paie pour son élimination au premier tour des J.O de Séoul face à un modeste joueur sud-coréen aussi bien que pour son discours malheureux en finale de Roland Garros quelque mois plus tôt. Riton avait adressé cette petite pique : «  Maintenant j’espère que vous avez compris mon jeu ». Visiblement non. Dès son entrée sur le court, le Français est conspué. Dans une ambiance indescriptible, chacune de ses frappes de balles est copieusement sifflée. Même son adversaire le bouillant John McEnroe semble désolé pour Leconte et l’arbitre doit plusieurs fois intervenir pour calmer les spectateurs. Perturbé, Riton sort en deux sets (7-5/ 6-1)


Forget à jamais le premier (1991)


L’AccorHotels Arena résonne encore des exploits du sport français. Notamment des deux titres de champion du monde, remportés par l’équipe de France de handball en 2001 et 2017. Mais longtemps avant cela, un autre tricolore avait montré la voie du succès. Avant d’être directeur du tournoi, Guy Forget en a été vainqueur.  En 1991 Forget réalise un exploit majuscule en devenant le premier tennisman français à remporter le tournoi parisien. Au terme d’une semaine idéale, le natif de Casablanca domine Pete Sampras pour s’adjuger le trophée. En cette année 91, Forget prend d’ailleurs un malin plaisir à martyriser le futur numéro 1 mondial, puisqu’il l’avait déjà battu en finale de Cincinnati et qu’il le battra à nouveau le mois suivant. En finale de la Coupe Davis cette fois !  Il paraît que l’Américain en fait toujours des cauchemars.


Et Pioline explosa (1996) 


Qu’Henri Leconte se rassure, il n’est pas seul. Un autre joueur français fut également victime de l’ambiance bouillante de l’AccorHotels Arena. Pris en grippe par une partie du public, Cédric Pioline dégoupille après sa défaite contre Evgueni Kafelnikov. En sortant  du cours, il adresse un bras d’honneur vengeur aux tribunes. En conférence de presse il se justifie, jugeant le public responsable de sa défaite. «Quand je vois des choses comme celles que j'ai vues ce soir, je ne suis pas fier d'être Français » balance t-il avant de nuancer un peu : « Il est clair que ce geste ne s'adressait pas à l'ensemble du public, mais à quelques idiots qui m'ont fait perdre mon service au début du troisième set (break concédé blanc). Mais je ne peux tout de même pas monter dans la tribune et aller faire un bras d'honneur à chacun d'entre eux individuellement ». Heureusement, le tournoi parisien n’est pas rancunier. Pioline sera co-directeur de l’événement de 2003 à 2009.  


Safin vainqueur en sang (2000) 


Marat Safin est l’un des plus grands joueurs de l’histoire du Rolex Paris Masters. Le Russe s’est imposé 3 fois sur le sol parisien. Soit autant de fois que Boris Becker et juste une fois de moins que Novak Djokovic. Pourtant son histoire d’amour avec la capitale française avait débuté dans le sang ! Pour conclure une année 2000 magistrale où il a déjà remporté 5 tournois, Marat compte bien faire de Paris la cerise sur le gâteau. Mais lors de la finale face à Mark Philippoussis, survient un événement imprévu. Lors du 3eme set, il s’ouvre l’arcade accidentellement avec sa raquette après un plongeon. Un médecin apparaît sur le cours et y reste 8 minutes pour soigner le Moscovite. Qui finira malgré tout par s’imposer au forceps et au courage. Avant de fêter son sacre aux urgences en se faisant poser des points de suture.


Dark Djoko (2012) 


Novak Djokovic n’est pas qu’un incroyable tennisman, c’est aussi un sacré farceur. Alors quand il entre sur le cours le 31 octobre 2012, il décide de se plier à la tradition du jour et de fêter Halloween. Le Serbe débarque avec un masque de Dark Vador sous les vivats de la foule. « Nole » est féru de déguisement, en effet l’année précédente il avait célébré Halloween à Bale, affublé d’un masque de Joker. A Paris, son adversaire Sam Querrey est d’abord effrayé. Il se fait balayer lors du premier set (6-0) puis perd les deux jeux du deuxième avant de renverser la vapeur et de remporter le match. Ce jour-là, la force n’était pas avec Djokovic !


Wawrinka recadre Jean-Vincent Placé (2016) 


Stan Wawrinka a beau être d’une nature plutôt calme, mieux vaut ne pas trop l’énerver. Sinon, il peut se fâcher. Comme lors de l’édition 2016. Agacé et malmené par l’Allemand Jan-Lennard Struff, Stan the Man s’en prend à un spectateur un peu trop bruyant qu’il apostrophe en ces termes: « Ca te dérange pas qu’on joue un match. Il est minuit, si t’as pas envie de voir tu rentres ». Une affaire banale et qui survient sur tous les tournois du monde. Sauf que le spectateur en question n’est pas un quidam lambda ! En réalité le perturbateur est Jean-Vincent Placé, à l’époque secrétaire d’Etat. Pris la main dans le sac et un peu honteux, l’homme politique se défendra quelque temps après sur les plateaux télé : « C’est comme dans les classes avec les élèves. Il y en a trente, tout le monde chuchote, du coup on s’adresse au plus connu et c’est tombé sur moi. Je chuchotais à l’oreille de Jean Gachassin, c’est vrai. Je crois surtout que Wawrinka était passablement énervé ». Mouais. 


Papiers d’identité SVP (2017)


Gagner onze fois Roland Garros ne donne droit à aucun passe-droit, Rafael Nadal l’apprend à ses dépens lors de l’édition 2017 du Rolex Paris Masters. Cette année là, l’Espagnol est victime d’une drôle de mésaventure, puisque à l’heure d’entrer dans les vestiaires, un vigile un peu zélé lui demande de présenter son accréditation. Ne pas être reconnu sur un tournoi, cela n’a pas du arriver souvent au natif de Manacor, sur l’île de Majorque. Mais la légende du tennis se contente de décliner – avec le sourire- son nom pour que le vigile réalise son erreur et le laisse entrer. Pas embêté par ce contrôle d’identité impromptu, Nadal dispose ensuite de son adversaire du jour, le coréen Chung Hyeon. Il s’arrêtera cette année-là en quarts de finale.  


La der des ders de Benneteau (2017)


Papy fait de la résistance ! A 35 ans, Julien Benneteau dispute le dernier Rolex Paris Masters de sa carrière et veut faire durer le plaisir. Invité par l’organisation, le numéro 83 mondial au ranking ATP déploie un tennis incroyable. Il s’offre Jo-Wilfried Tsonga pour son entrée en lice. Au deuxième tour, la victime s’appelle David Goffin, numéro 10 mondial. En quarts il élimine Marin Cilic, le numéro 5 mondial. C’est la première fois de la carrière du français qu’il sort deux top 10 la même semaine. Acclamé par une foule en délire, Bennet’ peut s’allonger au milieu du cours et savourer. Après le match il déclarera : « C'est une salle de dingues. Ça fait un bruit... On sent les gens proches, c'est génial de jouer avec un public comme ça ! Ce sont des émotions très fortes ». Comme quoi, l’AccorHotels Arena sait aussi aimer les Bleus. L’aventure de Benneteau s’arrêtera en demi-finale face à Jack Sock. Mais le Rolex Paris Masters n’a pas oublié cette semaine folle avec Benneteau.



Crédit photo : Getty images

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